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[geotamtam] Sur Parcoursup-12 points [message n° 7] Mon, 09 April 2018 10:57
Anonyme
Chères et chers collègues, 

Alors que les contestations contre Parcousup s'intensifient, je me permets de partager avec vous 12 points d'analyse relatifs à cette réforme -je m'excuse d'avance pour les collègues qui ne sont pas en France- :

1) Le fonctionnement de l'outil n'est pas plus clair ni plus juste que celui d'APB : a) à cause du paramétrage local ; b) à cause de la correction par le Rectorat (selon des modalités opaques).

2) L'outil n'empêche aucunement l'arbitraire le plus total dans le recrutement. Là où il est annoncé un "classement" (i.e "sélection") "qualitative" et au "mérite",  les algorithmes locaux et tous différents ne permettent aucune appréciation qualitative des candidatures. 

3) Les procédures à l'oeuvre dans les lycées en amont pour remplir Fiche Avenir, etc., sont elles-mêmes ouvertes au flou et à l'arbitraire. (Si l'on répond qu'il faut faire confiance aux collègues du secondaire pour les remplir, je répondrais que l'évaluation nationale par l'examen du baccalauréat, préparé et corrigé par les collègues du secondaire, consistait précisément à leur faire confiance.)

4) Le problème de l'outil, du paramétrage, etc. cache la misère des universités : diminution du nombre de postes ouverts au concours, tandis que le nombre d'étudiants augmentent (un rapport de 2015 prévoyait cette progression explicitement). 

5) Quand on comprime le nombre de postes alors que le nombre d'étudiants augmente, on prépare le terrain à une apparition de nouvelles "licences sous tension".

6) Actuellement, les "licences sous tension" concernent environ 5% de l'effectif étudiant global. Mettre en place une procédure de sélection générale pour un problème qui concerne si peu de filières et d'étudiants paraît démesuré.

7) Ce qu'on appelle "taux d'échec" n'est pas qu'un taux d'échec (mais inclut la réorientation, le mûrissement des projets, etc.). Il y a un taux d'évaporation normal en première année. Quand aux autres, il s'agit bien évidemment de les aider. Mais Parcoursup est une chose, le soutien aux étudiants qui en ont besoin en est une autre. 



8) Sélectionner les étudiant.e.s dès la Première revient à écarter des profils d'étudiant.e.s qui peuvent mûrir plus tard et à un autre rythme. 

9) Parcoursup est un outil de marginalisation avancée des élèves qui sortent des bacs technologiques (possibilité de paramétrer l'algorithme pour favoriser telle ou telle filière du bac), des élèves

aux parcours non-linéaires, étudiant.e.s, personnes en reprise d'étude, personnes étrangères ayant fait une partie de leurs parcours ailleurs, et qui avaient jusque là encore le droit de choisir l'université pour se cultiver, apprendre dans des horizons disciplinaires différents, mûrir leurs parcours autrement ; 

10) En favorisant la mise en concurrence des étudiants comme des formations, plus ou moins sélectives parce que plus ou moins attractives, ce plan acte la mise en place d’un marché de l’enseignement supérieur. Chaque lycéen, autoentrepreneur de son parcours scolaire, doit faire en sorte de se faire recruter par une formation.

11) Les formations pour les "oui si" quand elles sont financées relèvent de fonds qui ne sont pas pérennes, tandis que les moyens structurels (les postes notamment) sont toujours soumis à la loi d'airain de l' "austérité" présentée comme une "nécessité historique", alors qu'elle relève bien sûr de choix politiques contestables.

12) Un autre choix est possible : la dernière explosion en date du nombre de bacheliers s’était traduite en 1991 par exemple par le plan U2000, créant huit nouvelles universités dont quatre en Ile-de-France. Aujourd’hui, le gouvernement choisit une option qui se traduira par une marginalisation des bacheliers scolairement les plus faibles.

Enfin, présenter Parcoursup comme un outil purement gestionnaire est particulièrement contestable ; Parcoursup relève d'abord d'un choix politique : celui de rendre le service public de l'enseignement sélectif, sur la base d'une mise en concurrence des universités, des formations et des étudiant.e.s. Il s'agit d'une nouvelle mesure politique d'une réduction du service public, réduit à un marché. 

Très sincèrement,
Sarah Mekdjian


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