Le forum de Geotamtam
Espace de discussion de la communauté des géographes francophones

Accueil » Discussions » Politiques publiques de l'ESR et conditions de travail » [geotamtam] Recherche et Renseignement militaire - la nouvelle convention du CNRS dénoncée par
[geotamtam] Recherche et Renseignement militaire - la nouvelle convention du CNRS dénoncée par [message n° 436] Wed, 06 June 2018 22:38 Message suivant
Anonyme
Courriel posté par Mélina Germes







Bonjour,


Voici un texte rédigé et signé par des collègues du LAM et du CED
(labos bordelais), par rapport à la convention signée entre la
direction du CNRS et la Direction du Renseignement Militaire, dans
le but que la recherche en SHS rende service au Renseignement.


Les collègues appellent à ce que les laboratoires et les
universités se positionnent contre cette convention. Merci de
faire circuler cette information dans vos labos et dans vos
universités.


Cordialement,


Mélina Germes





Début du message transféré :





Expéditeur: Mathias Delori < href="mailto:m.delori@sciencespobordeaux.fr"
moz-do-not-send="true">m.delori@sciencespobordeaux.fr>

Date: 6 juin 2018 à 19:53:52 UTC+2

Destinataire: " href="mailto:diffusion@listes.ancmsp.com"
moz-do-not-send="true">diffusion@listes.ancmsp.com" < href="mailto:diffusion@listes.ancmsp.com"
moz-do-not-send="true">diffusion@listes.ancmsp.com>

Objet: [ancmsp] L'obsession sécuritaire
gagnerait-elle le CNRS?














Bonjour,


Voici un
texte de réaction de chercheur.e.s CNRS bordelais par
rapport à l’obsession sécuritaire qui gagne le CNRS, le
monde de la recherche et plus généralement la société
française.


Bien
cordialement


MD


 


L’obsession
sécuritaire gagnerait-elle le CNRS ?


 


Ce 30
mai 2018, une convention a été signée entre la direction
du CNRS et la direction du renseignement militaire.
D'après le Directeur Adjoint Scientifique de l'InSHS,
cette convention s'adresse tout particulièrement aux
collègues qui travaillent sur les questions de sécurité
et les "régions lointaines". Ces collègues seront
désormais invités à travailler formellement avec le
renseignement militaire:


    


     href="http://www.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/signature-dune-conventi on-entre-le-cnrs-et-la-direction-du-renseignement-militaire"
moz-do-not-send="true">http://www.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/signat ure-dune-convention-entre-le-cnrs-et-la-direction-du-renseig nement-militaire


    


    Cette
convention s'inscrit dans un contexte plus général. Elle
fait suite à l’« appel attentats-recherches » qui avait
été lancé par le CNRS il y a trois ans et que plusieurs
d’entre nous avaient déjà dénoncé. Elle s’inscrit aussi
dans la lignée d'un autre dispositif: le "Pacte
Enseignement Supérieur" lancé récemment par le ministère
des Armées. Ce pacte doit déboucher sur l'attribution de
"labels d'excellence", associés à une subvention de 300
000 euros, pour les "centres de recherche universitaires
en pointe sur les questions de stratégie et de défense".


    


    Ces
évolutions posent de multiples problèmes. Le premier
concerne nos pratiques de terrain. Que nous travaillions
sur les questions de sécurité ou sur ces "régions
lointaines", notre crédibilité scientifique
d'enquêteur.e.s repose sur notre capacité à ne pas être
perçus comme les acteurs de telle ou telle politique
sécuritaire. Dans ce contexte, il est inconcevable
d'entretenir un lien privilégié, et encore moins
ostentatoire, avec le renseignement militaire. Même s’il
ne s’agit pas de surévaluer les échos que peut avoir le
rapprochement entre le monde de la recherche et celui du
renseignement militaire, ne risque t-on pas de se voir
fermer l'accès au terrain ?


    


    Deuxièmement,
ces développement introduisent des biais dans le choix
et la construction des objets. Dans les études aérales,
la "sécurité" devient le prisme conceptuel à partir
duquel on interroge des objets allant des pratiques
religieuses aux révoltes sociales en passant par les
politiques économiques. Dans les études sur la violence,
la violence dite "terroriste" se trouve singularisée et
hyperbolisée par rapport aux autres violences (sexistes,
sociales, anti-terroristes, etc.). Dans les études sur
la guerre, la "stratégie" (de la France) devient le
mot-clef à partir duquel on cherche à comprendre ce fait
social. Ce faisant, on perd de vue les autres dimensions
de la guerre (genrées, postcoloniales, symboliques,
bureaucratiques, etc.) tout en entretenant une confusion
entre recherche scientifique et expertise.


    


    Le
troisième problème déborde la question de la recherche.
Depuis quelques années, les attentats et le terrorisme
ont été imposés comme objets essentiels de notre
quotidien et du gouvernement de ce quotidien. Dans
chaque école de chaque commune de France, des enfants
doivent, à partir de l’âge de trois ans, participer
chaque année à un exercice de simulation attentat pour
se préparer à l’éventualité d’une intrusion terroriste
dans leur établissement. Dans chaque wagon de chaque
train, les voyageurs sont invités à prévenir les
contrôleurs en cas de colis ou de comportements
suspects. Sur chaque porte principale de chaque
administration, on peut voir un panneau « alerte
attentat » lorsque l'on pénètre les lieux. Dans chaque
musée, chaque bibliothèque, chaque salle de spectacle,
des vigiles fouillent les sacs à l’entrée et canalisent
les déplacements. Le rapprochement entre les
institutions de recherche et le ministère des Armées
participe de cette logique de constitution du
"terrorisme" en menace existentielle, logique dont les
études sur la sécuritisation ont dénoncé les effets.


    


    Pour
cela, il nous paraîtrait opportun que les laboratoires
de recherche et les université se positionne contre la
convention du 30 mai 2018 et cette dynamique plus
générale que nous voulons, par ce texte et après
beaucoup d'autres, dénoncer.


 


Signataires :    


lang="EN-GB">Elara Bertho, chargée de recherche CNRS à
Les Afriques dans le Monde


lang="EN-GB">Vincent Bonnecase, chargé de recherche CNRS
à Les Afriques dans le Monde


lang="EN-GB">Chloé Buire, chargée de recherche CNRS à
Les Afriques dans le Monde


lang="EN-GB">Mathias Delori, chargé de recherche CNRS au
Centre Emile Durkheim


lang="EN-GB">Vincent Foucher, chargé de recherche CNRS à
Les Afriques dans le Monde


lang="EN-GB">Caroline Guibet-Lafaye, directrice de
recherche CNRS au Centre Emile Durkheim


lang="EN-GB">Ophélie Rillon, chargée de recherche CNRS à
Les Afriques dans le Monde


lang="EN-GB"> 


lang="EN-GB"> 


style="font-size:11.0pt;mso-fareast-language:FR">Mathias
Delori


style="font-size:11.0pt;mso-fareast-language:FR"> 


style="font-size:11.0pt;mso-fareast-language:FR">Chargé
de recherche CNRS


style="font-size:11.0pt;mso-fareast-language:FR">Centre
Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux, 11, Allée Ausone,
F-33 607 PESSAC Cedex, FRANCE


style="font-size:11.0pt;mso-fareast-language:FR">Bureau
B.137


style="font-size:11.0pt;mso-fareast-language:FR">Tel: 05
56 84 41 70



 


Last
online publication :


« Humanitarian
violence. How Western airmen kill and let die in order
to make live », Critical Military Studies, 2017/2018



href="http://www.tandfonline.com/eprint/t6X8rUhNKPHqRZ83Wk3u /full"
moz-do-not-send="true">http://www.tandfonline.com/eprint/t6X 8rUhNKPHqRZ83Wk3u/full
lang="EN-GB">









Re: [geotamtam] Recherche et Renseignement militaire - la nouvelle convention du CNRS dénoncée par [message n° 449 est une réponse au message n° 436] Thu, 07 June 2018 17:11 Message précédent
Anonyme
Courriel posté par Charlotte Poupon

Bonjour à tous,

Il peut être également bon de rappeler les apports de la Défense à la sphère civile et ce dans de nombreux domaines. 


ChP. 


===


Le 6 juin 2018 à 22:38, Mélina Germes <melina.germes@cnrs.fr> a écrit :







Bonjour,


Voici un texte rédigé et signé par des collègues du LAM et du CED
(labos bordelais), par rapport à la convention signée entre la
direction du CNRS et la Direction du Renseignement Militaire, dans
le but que la recherche en SHS rende service au Renseignement.


Les collègues appellent à ce que les laboratoires et les
universités se positionnent contre cette convention. Merci de
faire circuler cette information dans vos labos et dans vos
universités.


Cordialement,


Mélina Germes





Début du message transféré :





Expéditeur: Mathias Delori <m.delori@sciencespobordeaux.fr>

Date: 6 juin 2018 à 19:53:52 UTC+2

Destinataire: "diffusion@listes.ancmsp.com" <diffusion@listes.ancmsp.com>

Objet: [ancmsp] L'obsession sécuritaire
gagnerait-elle le CNRS?














Bonjour,


Voici un
texte de réaction de chercheur.e.s CNRS bordelais par
rapport à l’obsession sécuritaire qui gagne le CNRS, le
monde de la recherche et plus généralement la société
française.


Bien
cordialement


MD


 


L’obsession
sécuritaire gagnerait-elle le CNRS ?


 


Ce 30
mai 2018, une convention a été signée entre la direction
du CNRS et la direction du renseignement militaire.
D'après le Directeur Adjoint Scientifique de l'InSHS,
cette convention s'adresse tout particulièrement aux
collègues qui travaillent sur les questions de sécurité
et les "régions lointaines". Ces collègues seront
désormais invités à travailler formellement avec le
renseignement militaire:


    


     http://www.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/signature-dune-convention-ent re-le-cnrs-et-la-direction-du-renseignement-militaire


    


    Cette
convention s'inscrit dans un contexte plus général. Elle
fait suite à l’« appel attentats-recherches » qui avait
été lancé par le CNRS il y a trois ans et que plusieurs
d’entre nous avaient déjà dénoncé. Elle s’inscrit aussi
dans la lignée d'un autre dispositif: le "Pacte
Enseignement Supérieur" lancé récemment par le ministère
des Armées. Ce pacte doit déboucher sur l'attribution de
"labels d'excellence", associés à une subvention de 300
000 euros, pour les "centres de recherche universitaires
en pointe sur les questions de stratégie et de défense".


    


    Ces
évolutions posent de multiples problèmes. Le premier
concerne nos pratiques de terrain. Que nous travaillions
sur les questions de sécurité ou sur ces "régions
lointaines", notre crédibilité scientifique
d'enquêteur.e.s repose sur notre capacité à ne pas être
perçus comme les acteurs de telle ou telle politique
sécuritaire. Dans ce contexte, il est inconcevable
d'entretenir un lien privilégié, et encore moins
ostentatoire, avec le renseignement militaire. Même s’il
ne s’agit pas de surévaluer les échos que peut avoir le
rapprochement entre le monde de la recherche et celui du
renseignement militaire, ne risque t-on pas de se voir
fermer l'accès au terrain ?


    


    Deuxièmement,
ces développement introduisent des biais dans le choix
et la construction des objets. Dans les études aérales,
la "sécurité" devient le prisme conceptuel à partir
duquel on interroge des objets allant des pratiques
religieuses aux révoltes sociales en passant par les
politiques économiques. Dans les études sur la violence,
la violence dite "terroriste" se trouve singularisée et
hyperbolisée par rapport aux autres violences (sexistes,
sociales, anti-terroristes, etc.). Dans les études sur
la guerre, la "stratégie" (de la France) devient le
mot-clef à partir duquel on cherche à comprendre ce fait
social. Ce faisant, on perd de vue les autres dimensions
de la guerre (genrées, postcoloniales, symboliques,
bureaucratiques, etc.) tout en entretenant une confusion
entre recherche scientifique et expertise.


    


    Le
troisième problème déborde la question de la recherche.
Depuis quelques années, les attentats et le terrorisme
ont été imposés comme objets essentiels de notre
quotidien et du gouvernement de ce quotidien. Dans
chaque école de chaque commune de France, des enfants
doivent, à partir de l’âge de trois ans, participer
chaque année à un exercice de simulation attentat pour
se préparer à l’éventualité d’une intrusion terroriste
dans leur établissement. Dans chaque wagon de chaque
train, les voyageurs sont invités à prévenir les
contrôleurs en cas de colis ou de comportements
suspects. Sur chaque porte principale de chaque
administration, on peut voir un panneau « alerte
attentat » lorsque l'on pénètre les lieux. Dans chaque
musée, chaque bibliothèque, chaque salle de spectacle,
des vigiles fouillent les sacs à l’entrée et canalisent
les déplacements. Le rapprochement entre les
institutions de recherche et le ministère des Armées
participe de cette logique de constitution du
"terrorisme" en menace existentielle, logique dont les
études sur la sécuritisation ont dénoncé les effets.


    


    Pour
cela, il nous paraîtrait opportun que les laboratoires
de recherche et les université se positionne contre la
convention du 30 mai 2018 et cette dynamique plus
générale que nous voulons, par ce texte et après
beaucoup d'autres, dénoncer.


 


Signataires :    


Elara Bertho, chargée de recherche CNRS à
Les Afriques dans le Monde


Vincent Bonnecase, chargé de recherche CNRS
à Les Afriques dans le Monde


Chloé Buire, chargée de recherche CNRS à
Les Afriques dans le Monde


Mathias Delori, chargé de recherche CNRS au
Centre Emile Durkheim


Vincent Foucher, chargé de recherche CNRS à
Les Afriques dans le Monde


Caroline Guibet-Lafaye, directrice de
recherche CNRS au Centre Emile Durkheim


Ophélie Rillon, chargée de recherche CNRS à
Les Afriques dans le Monde


 


 


Mathias
Delori


 


Chargé
de recherche CNRS


Centre
Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux, 11, Allée Ausone,
F-33 607 PESSAC Cedex, FRANCE


Bureau
B.137


Tel: 05
56 84 41 70



 


Last
online publication :


« Humanitarian
violence. How Western airmen kill and let die in order
to make live », Critical Military Studies, 2017/2018



http://www.tandfonline.com/eprint/t6X8rUhNKPHqRZ83Wk3u/full








-------------------------
geotamtam@unil.ch: Liste de diffusion francophone pour la recherche et l'enseignement en géographie.
Pour diffuser un message, envoyer un mail à : geotamtam@unil.ch avec SVP un objet clair (type - titre - date et lieu si colloque)
Pour s'abonner : https://sympa.unil.ch/sympa/subscribe/geotamtam
Pour se désabonner : https://sympa.unil.ch/sympa/sigrequest/geotamtam

Veuillez éviter les surcharges de mails inutiles, la liste n'est pas un forum. En général, répondez aux autres abonné(e)s avec leur adresse personnelle.



Fil précédent : Parcoursup et sélection : position des géographes de l'Institut national universitaire d'Albi
Aller au forum :
  


Heure actuelle: Tue Nov 20 13:26:11 CET 2018